Ma mère m’a offert un airfryer pour mon anniversaire
Posté le 07/10/2026
Ma mère m’a offert un airfryer pour mon anniversaire
Et je n’en voulais pas.
Vraiment pas.
Quand j’ai déballé mon cadeau, j’ai eu le même sourire
Que quand mon dentiste me dit « allez on va regarder ce qui se cache là-dedans »
Un sourire de douleur.
J’ai ramené le monstre chez moi. Il fait la taille d’une valise-cabine.
Au début, c’était un appareil.
Maintenant, j’ai officiellement une personne à charge supplémentaire qui vit sur mon plan de travail.
Pendant trois semaines, je ne l’ai pas touché. Par orgueil et par principe.
Parce que je ne suis pas une femme à airfryer.
Moi, je suis une p’tite meuf qui rate ses pâtes et qui commande des sushis.
J’ai une identité culinaire à protéger.
Thierry (parce qu’entretemps je lui ai donné un prénom tellement il prend de la place chez moi) me juge, je le sais, je le sens.
Il me regarde en silence.
Le matin, quand je me fais des tartines, il semble me dire « des tartines, vraiment ? La honte… »
Un jour, j’ai commandé un uber eats, j’ai entendu « pfff »
ma mère, elle aussi, me juge, mais à voix haute.
Ma mère : « alors cet airfryer, tu l’as essayé ? »
Moi : « pas encore »
Ma mère : « mais il faut l’essayer hein… ça sert à rien qu’il prenne la poussière… »
Moi : « maman si c’était pour me fliquer, c’est un bracelet électronique qu’il fallait m’offrir. Pas un airfryer »
Puis, le jour J est arrivé. Je regarde Thierry. Je le branche.
Jusque-là tout va bien, je sais brancher un truc.
Il se met à clignoter en mode « vas-y bichette, j’suis là ».
J’me dis « ce soir, je vais leur montrer. Ce soir, je fais des frites, des vraies comme une adulte qui a réussi sa vie »
Du coup, j’me chauffe toute seule…
J’me vois déjà ouvrir une table d’hôtes dans le Lubéron.
J’épluche des patates, beaucoup de patates. Je les coupe.
Bizarrement, mes frites ne ressemblent pas à des frites.
Un coup, c’était des cure-dents, un coup, c’était des briques, un coup, c’était des triangles isocèles.
On aurait dit un jeu de kapla qui aurait mal tourné.
Je balance le tout dans l’air fryer.
Faut mettre de l’huile ? Pas d’huile ? Un peu ? Beaucoup ?
J’ai mis un demi-litre parce que dans le doute, je dose comme une mama italienne.
J’ai réglé à 200 degrés, 20 minutes et j’ai appuyé sur ON.
BWWWWWWWWWWRRRRRRRRRRR
Le truc fait le bruit d’un hélicoptère de gendarmerie
Ma cuisine tremble, mon chien aboie. Mon mec sort de la douche en panique.
A ce stade-là, je ne suis pas une femme qui utilise un airfryer, je suis une femme qui vit une expérience paranormale.
Au bout de dix minutes, ça fume. Ça fume blanc, genre fumigène de stade.
Mon détecteur de fumée fait Wiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiii.
On se croirait à un concert.
Thierry and the Detecteur, en live dans ma cuisine de 9m²
Alors, j’me dis « peut-être il faut secouer » (j’ai vu ça sur tiktok)
J’ouvre le tiroir en plein programme (avec une manique… n’importe quoi !).
Thierry hurle. Il fait Bip bip bip bip, en mode « ferme ce tiroir espèce de folle. »
Je secoue quand même façon maracas.
Les frites sont toutes collées. Je viens d’inventer la recette de la frite agglomérée.
Un bloc de frites, un parpaing de 20 centimètres sur 15 centimètres. Je pourrais caler ma porte avec.
J’ai refermé le tiroir, en mode « j’ai rien fait, c’est pas moi… »
J’ai regardé Thierry. Il m’a regardée, l’air de dire « laisse-moi tranquille, va au macdo et fous moi la paix ».
Du coup, je l’ai éteint, débranché, il m’a lâché un dernier Biiiiiiiip de désespoir et j’ai mis une petite serviette dessus.
C’est mieux avec la serviette. Au moins, je ne le vois plus me juger.
Il ira rejoindre le soda stream et la sorbetière dans la cave.
Voilà, n’offrez jamais d’appareils ménagers. On a mieux.
