Ma fille, Tu n’es pas une princesse.
Posté le 08/10/2026
Ma fille,
Tu n’es pas une princesse.
Les princesses attendent et meurent d’ennui dans des châteaux trop grands.
Sois la cendrillon qui jette ses deux chaussures et qui rentre pieds nus parce qu’elle est plus à l’aise comme ça.
Celle qui rit fort et qui quitte le bal, non par peur, mais par choix.
Sois la belle au bois dormant qui décide seule du moment où elle ouvrira les yeux.
Celle qui se lève avec les cheveux hirsutes, le rouge à lèvres effacé et qui dit au prince : « reviens me voir quand tu sauras me demander d’une part si j’ai envie de me réveiller, d’autre part si j’ai envie que tu m’embrasses.
Ne sois jamais Blanche-Neige. Jamais. Faire le ménage pour sept petits bonhommes en échange d’un toit, c’est pas un conte de fées… C’est le premier contrat précaire de l’Histoire.
Non, sois la Reine. Cette femme brillante, puissante, troublante qui gouverne son royaume seule.
Cette reine qu’on nous a toujours présentée comme folle parce qu’un miroir à la con lui a fait croire qu’elle était trop vieille. Parce qu’un miroir à la con lui a appris à haïr les autres femmes et à se battre pour une pomme ou le regard d’un homme.
Sois le petit chaperon rouge qui quitte le chemin et qui va taper la discute avec le loup, en le fixant droit dans les yeux jusqu’à lui faire baisser le regard.
Ma fille,
Je ne te souhaite pas d’être la plus belle. Je te souhaite d’être la plus vivante.
Je ne te souhaite pas d’être la plus douce. Je te souhaite d’être la plus vraie.
Je te souhaite de ne jamais avoir à te cacher ou à dormir ou à nettoyer pour avoir la paix.
Je ne te souhaite ni un baiser qui sauve ni un miroir qui parle.
Je te souhaite des livres. Des sœurs et pas des rivales. Des frères et pas des sauveurs.
Je te souhaite d’être la Reine qui casse le miroir et qui dit « maintenant on va parler d’autre chose que d’ ma gueule ! »
Et surtout, je te souhaite une voix que l’on entendra par-delà les royaumes.
Ne sois pas la fille perdue dans la forêt. Sois la forêt.
Ma fille,
Je t’offre un bracelet, non pas pour briller aux yeux d’un prince quelconque mais pour que tu puisses voir son éclat à chaque fois que tu lèveras le poing.
Il n’est pas fait de l’or d’un royaume mais du souvenir de celles qui t’ont précédée.
Alors, porte-le, ma louve et puisse-t-il claquer contre le monde à chaque fois que tu diras « non » et à chaque fois que tu diras « oui ».