Est-ce que je t’ai parlé de mon papy ?
Posté le 23/09/2026
Est-ce que je t’ai parlé de mon papy ?
Est-ce que t’as déjà vu quelqu’un te parler de son papy sur Instagram ?
Non ?
Alors, Assieds-toi, je te raconte.
Ça vaut le détour.
Mon papy s’appelle François.
Il a 83 ans et l’énergie d’une centrale nucléaire.
Il a deux passions. Pas une. Pas trois. Deux.
Râler et avoir raison.
Un jour, je lui ai demandé :
« papy, qu’est-ce qui te ferait vraiment plaisir ? »
Il m’a regardée comme si je lui avais demandé de résoudre une équation quantique.
« ce qui me ferait plaisir… que ta grand-mère arrête de me casser les pieds avec mon cholestérol. J’ai pas d’cholestérol. J’ai du caractère qui s’est déposé dans les artères. »
Papy François, ses phrases commencent toutes par « de mon temps… »
« de mon temps, on marchait 20 km pour aller à l’école…pieds nus dans la neige. »
(note de la rédaction : il en rajoute. A deux doigts d’me dire que le p’tit chaperon rouge, c’était sa camarade de classe…)
« de mon temps, on avait une clémentine à noël et on était heureux. »
(note de la rédaction : il est d’une mauvaise foi à faire rougir un avocat fiscaliste)
« de mon temps, on réparait tout avec un bout de ficelle et un juron bien placé »
(note de la rédaction : l’autre jour, le grille-pain était en panne, il a mis deux coups de marteau dessus, il a dit « saloperie de technologie moderne » et le grille-pain s’est remis à fonctionner, par peur.)
Je t’pargne le discours sur ce qu’il avait dans sa gamelle.
Spoiler : c’était pas du quinoa.
Et puis, il y a les repas de famille. Papy à table, c’est un grand moment d’humour.
Il prend le pain, le renifle, le tapote contre la table et dit « de mon temps, le pain, c’était du pain. Ça c’est pas du pain. »
Il tente des blagues : « tu sais pourquoi le camembert coule ? parce qu’il pleure de voir ce qu’on en a fait. »
Et il finit par tout manger. En râlant, mais il mange tout. Deux fois.
A la fin il y a toujours un petit moment d’émotion. C’est rapide, ça dure trois secondes. Faut pas le rater. En général, c’est juste après son p’tit café noir.
Il me regarde, il a les yeux qui brillent et me dit « bon… ma p’tite, c’était bien… la prochaine fois, viens plus tôt… »
(traduction : j’aime quand tu es là.)
L’année dernière, je débarque avec un petit cadeau pour sa fête.
Il me regarde. Il regarde le paquet. J’m’attends à une dinguerie. Je l’espère presque.
Il me regarde à nouveau comme si je venais de déposer le bouton nucléaire sur la table en formica de la cuisine.
« c’est quoi ça ? »
« c’est pour ta fête ! »
« Ah bon, j’ai une fête ? On m’a pas prévenu ! »
Il ouvre quand même. C’était une écharpe. Chaude, beige, simple.
Il la prend du bout des doigts comme si c’était un rat crevé.
« c’est quoi, ça ? »
Moi, à deux doigts d’exploser de rire.
« c’est une écharpe papi »
« une écharpe, qu’est-ce que tu veux que j’en foute. J’ suis jamais malade »
Cette écharpe, il la porte tout le temps. Il ne l’a jamais quittée. Même en plein mois d’aout.
Il est comme ça papy. Binaire.
Bouton 1 : c’était mieux avant.
Bouton 2 : je reste un homme digne, costaud, vaillant, vertical et j’aime les miens.
